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Acquisition – Archives de la Fraternelle du service Hotton

Un fonds précieux pour l'histoire de la résistance armée en Wallonie à l'approche de la Libération Le service Hotton est une organisation de résistance créée à l'initiative des autorités belges et britanniques en 1943. Son objectif : harceler militairement l'occupant en s'attaquant surtout à ses voies de communication et à ses télécommunications. Opérationnel à partir du début 1944, il se fait particulièrement remarquer dans la région boisée de Chimay-Couvin grâce au dynamisme de son groupe D. Ses archives, léguées en avril 2018, rendent compte de cette activité remarquable.


 ‘Le maquis sort des bois le 3 septembre 1944 : première photo d’hommes enfin libres. De gauche à droite : A.Bruniau (Gérard), intendant du District Chimay ; A. Van Glabeke (Stan), sous-chef du Groupe D ; J. Lejour (Mickey), chef de la Section Spéciale ; F. Delporte (Albert), chef du District Chimay ; L. White (Lonnie), aviateur américain maquisard ; M. Hannesson (Marino), aviateur américain maquisard ; M. Franckson (Martial), chef du Groupe D’.© CegeSoma/Archives de l'Etat
'Le maquis sort des bois le 3 septembre 1944 : première photo d'hommes enfin libres. De gauche à droite : A.Bruniau (Gérard), intendant du District Chimay ; A. Van Glabeke (Stan), sous-chef du Groupe D ; J. Lejour (Mickey), chef de la Section Spéciale ; F. Delporte (Albert), chef du District Chimay ; L. White (Lonnie), aviateur américain maquisard ; M. Hannesson (Marino), aviateur américain maquisard ; M. Franckson (Martial), chef du Groupe D'.© CegeSoma/Archives de l'Etat
Un plan ambitieux, une réussite partielle


Lancée par le Special Operations Executive britannique avec l'accord du ministère de la Défense nationale belge à la fin de l'été 1943, la mission Hotton ne se concrétise vraiment qu'avec la nomination à sa tête, au début de l'année 1944, de l'ingénieur civil Albéric Maistriau. Vu la nécessité d'agir vite, ce dernier rallie à sa mission des groupes existants déjà rompus aux sabotages et capables de s'intégrer dans un plan d'ensemble de harcèlement. Aidé de ses collaborateurs directs et de trois agents parachutés, il réussit en quelques semaines à disposer d'équipes à Morlanwelz, dans la région de Chimay-Mariembourg, à Ottignies, Fosses, Eghezée, Namur, Melreux, Vielsam, Liège et Bruxelles, totalisant environ 350 résistants. Mais l'arrestation, dès la fin mai 1944, d'acteurs majeurs du nouveau service (notamment le chef du futur groupe D et deux des trois agents parachutés) affaiblit considérablement l'organisation dont l'action se concentrera surtout dans le sud des provinces du Hainaut et de Namur.

 

La guerre subversive en Thiérache *

Formé de quelques dizaines de membres autour d'un noyau de techniciens et d'intellectuels venant de Bruxelles, le groupe présent dans les forêts de Thiérache débute ses activités à l'automne 1943, fort du soutien de la population locale. L'intégration dans le service Hotton et l'approche de la Libération favorisent la multiplication des actions. De juin à septembre 1944, le groupe exécute environ 60 opérations sous la forme de sabotages, embuscades, saisies de matériel de guerre, engagement avec l'ennemi, suppression d'agents de sa police. Plus concrètement encore, il sabote régulièrement les câbles de communication de la Wehrmacht, endommage dix locomotives de la SNCFB, détruit dix camions, trois automitrailleuses et un char ennemis, et met hors combat près de 150 soldats allemands. Ces engagements coûtent la vie à huit membres du groupe. En outre, 61 autres sont arrêtés par les polices allemandes : 23 d'entre eux meurent, exécutés ou d'épuisement dans les camps de concentration nazis.


Les archives

Relativement peu volumineuses (environ deux mètres linéaires), les archives de la Fraternelle du service Hotton sont très précieuses, car elles rassemblent une majorité de documents qui rendent précisément compte de l'activité du service, et surtout de son groupe D sous l'occupation. On y retrouve en effet des rapports d'activités, une documentation technique et environ 350 dossiers personnels d'agents du service, datant pour l'essentiel de l'immédiate après-guerre, mais aussi un ensemble de notes, de messages, de tracts, d'instructions et de faux papiers du temps de la clandestinité. Le fonds comporte aussi plusieurs dossiers relatifs à des affaires de dénonciation. Les données personnelles qu'ils contiennent pouvant encore être sensibles aujourd'hui, les donateurs ont exigé que le fonds soit uniquement accessible aux étudiants et chercheurs professionnels. Enfin, quelques dossiers traitent aussi de l'activité de la Fraternelle depuis sa mise en place progressive à partir de 1946 jusque dans les années 2000. Le tout est répertorié sous la cote AA 2512.

 

 

* Titre de l'excellent ouvrage rédigé par deux acteurs majeurs du service Hotton, sur lequel ce texte s'appuie : Marcel Franckson & Jacques Burniat, Chronique de la guerre subversive. Le service Hotton en Thiérache, Bruxelles, FDM édition, 1996. L'ouvrage est disponible en version numérique en bas de sa description dans le catalogue Pallas accessible via ce site.


Fabrice Maerten
9.5.2018

 

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