Décès de Natan Ramet

Ce mercredi après-midi 4 avril 2012 est décédé à l'âge de 86 ans Natan Ramet, un des derniers survivants d'Auschwitz et une figure de proue de l'éducation à la mémoire du judéocide. Après les décès de David Susskind et de Georges Schnek, la communauté juive perd ainsi en peu de temps trois éminents représentants de la même génération.

Natan Ramet naît le 5 juin 1925 à Varsovie. En 1930, il quitte avec ses parents et sa sœur aînée Félicie la Pologne pour Anvers. Son père, Judka Ramet, éprouve des difficultés à nouer les deux bouts. Il achète des diamants anciens à Moscou et les façonne. Son fils accomplit ses études primaires à la section francophone de l'école communale de la Belgiëlei et ses humanités en néerlandais à l'athénée royal de Berchem. Il est confronté à l'antisémitisme qui règne à Anvers dans les années 1930.

Natan Ramet, à gauche, éclaire le passé de la caserne Dossin à un groupe de jeunes, Malines, fin juin 2009 (Photo Musée juif de la déportation et de la résistance).
Natan Ramet, à gauche, éclaire le passé de la caserne Dossin à un groupe de jeunes, Malines, fin juin 2009 (Photo Musée juif de la déportation et de la résistance).
 

À l'été de 1942, le père Ramet décide de déménager à Bruxelles avec sa famille. Peut-être cette décision est-elle prise à la suite de la rafle du 15 août 1942 à Anvers, la première du genre en Belgique. Avec l'étoile de David sur leurs manteaux, le père et le fils prennent le train le 21 août 1942 pour chercher un logement à Bruxelles. Le train ne s'est même pas encore mis en marche qu'ils sont arrêtés par des Feldgendarmes. Ils doivent descendre à Malines, où ils sont amenés à la caserne Dossin. De là, ils sont déportés le 29 août 1942 avec 998 autres personnes via le convoi VI en direction d'Auschwitz. Le train fait cependant une halte à Kozel, à 120 kilomètres d'Auschwitz. Y a lieu une première sélection 'd'aptes au travail', dont font partie le père et le fils Ramet. “J'ai toujours eu énormément de chance. Parfois, elle passe et il faut l'empoigner avant qu'elle ne reparte”, répètera plus tard Natan Ramet. Au total, il parcourt onze camps. Son père meurt dans le quatrième, Trzebinia, le 29 décembre 1942. Natan Ramet survit non seulement aux privations des camps, au typhus, à la gale, au travail pénible et aux coups des gardiens, mais aussi à plusieurs marches de la mort. Il est un des 34 survivants du convoi VI.

 

Le 2 mai 1945, Natan Ramet est libéré par les Américains à Bad Tölz en Bavière. “J'ai alors pleuré. Je n'avais pas encore 20 ans”. Après quelques semaines d'hôpital de guerre, il arrive le 25 mai 1945 au soir à Anvers. Il y retrouve sa mère et sa sœur. Il raconte: “après que mon père et moi ayons été déportés, les parents d'un de mes camarades de classe, Jean Schepens, se rendirent chez ma mère et ma sœur. Ils leur apprirent que nous avions été arrêtés et que elles aussi étaient menacées. Bien que de revenu modeste, ils proposèrent à ma mère et à ma sœur de les cacher chez eux”. Au retour de Natan Ramet, sa mère, Sale Polakiewicz, le reconnaît à peine. Ramet ajoute: “Au sujet de papa, elle ne demanda rien. Il m'a fallu du temps pour pouvoir parler de lui et des profondes humiliations que je continuais à garder scrupuleusement comme un grand secret dans mon cœur”.

 

Grâce à, comme on dit, “son honnêteté et ses grandes qualités morales”, Natan Ramet occupe après la guerre une position élevée dans l'industrie diamantaire anversoise. Il remplit aussi un rôle important dans la communauté juive. Depuis 1968, il est administrateur de l'organisme de bienfaisance juif anversois De Centrale.

 

À partir des années 1990, Natan Ramet commence tout de même à témoigner. Il s'adresse spécifiquement au public flamand, non seulement dans les écoles, mais aussi par exemple dans les prisons. En particulier, il voudrait convaincre les jeunes de la nécessité de combattre le racisme et l'extrémisme. En 1985, il revisite pour la première fois Auschwitz. Un an plus tard, il se rend de nouveau en Pologne, cette fois avec d'autres personnalités juives de Belgique dans le cadre de l'affaire du Carmel, pour un entretien avec les plus hautes autorités religieuses polonaises. En 1996, il devient président et force vive du Musée juif de la déportation et de la résistance de Malines. En février 1998, soit la première fois que le prix juif de Mensch de l'année est attribué par le Centre communautaire juif laïc et la revue Regards, il est honoré de ce titre. Il est en outre membre de la Commission nationale de la communauté juive de Belgique pour la restitution et la mémoire instituée en 2004. En 2005, il reçoit du Roi le titre de Chevalier. La même année, il est fait docteur honoris causa de la VUB. En 2008, il devient membre d'honneur du Forum des organisations juives. Il était enfin vice-président de la Kazerne Dossin – Mémorial, Musée et Centre de documentation sur l'Holocauste et les Droits de l'homme – en cours de construction, qui devrait ouvrir ses portes cette année.

 

Lieven Saerens

 

10 / 4 / 2012

 

 

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