Le projet FED-tWIN BEMULTILAT
Ouverture des archives diplomatiques à la recherche et au public

Pour rappel, le projet FED-tWIN BEMULTILAT a débuté en 2023. Il est porté par Vincent Genin, dans le cadre d’un double environnement institutionnel : d’une part, le CegeSoma/Archives de l’État, sous la direction de Michael Auwers, et, d’autre part, l’Université de Liège, sous la direction de Catherine Lanneau. Ce projet a pour objectif de mettre en valeur, exploiter et démocratiser les Archives Diplomatiques (un peu plus de 6 kilomètres linéaires) conservées par le ministère des Affaires étrangères, Commerce Extérieur et Coopération au Développement, et dont le transfert vers les Archives de l’État est prévu. Articulant travail archivistique, recherche fondamentale, enseignement et histoire publique, ce projet s’intéresse tout particulièrement à la problématique du multilatéralisme.
Contexte
Affaires étrangères, 18 novembre 1830, SPFAE.
Depuis son indépendance, en 1830, la Belgique s’est inscrite dans l’ordre international existant. Petite économie ouverte au XIXe siècle, pays neutre de manière permanente, perpétuelle et garantie, elle a dû se frayer une place parmi les Puissances, jusqu’à la Première Guerre mondiale et la Conférence de la Paix de Versailles de 1919. Lors de celle-ci, elle a été cantonnée au rang des pays à « intérêts particuliers ». N’étant plus neutre (jusqu’en 1936) et désormais membre de la SDN, elle intègre une arène internationale de grande envergure, à Genève, dans le cadre de la sécurité collective. Petit pays, et parfois arbitre de contentieux internationaux, elle a cependant largement contribué à ce multilatéralisme, par certains de ses représentants, tels Paul Hymans (SDN), Ernest Mahaim (OIT), Camille Gutt (FMI), Fernand Dehousse (DUDH), Paul-Henri Spaak (OTAN, ONU, institutions européennes) ou Michel Hansenne (BIT). Aujourd’hui, la Belgique est membre (ou observateur) de la plupart des organisations multilatérales existantes (AIEA, Benelux, BIRD, CERN, CNUCED, CPA, CPI, FAO, OIT, OMS, OTAN, ONU, etc.).
Les Archives Diplomatiques représentent donc une mine d’or. Jusqu’il y a peu, aucun inventaire de ses fonds n’était disponible et le caractère démocratique de l’accès à ces sources a été longtemps pour le moins discrétionnaire sinon contestable d’un point de vue légal. Grâce à une nette amélioration de la situation, on s’oriente désormais progressivement vers une plus grande ouverture de ces archives.
Réalisations
Plusieurs contributions scientifiques ont d’ores et déjà été rédigées dans le cadre de ce projet et traitent de la place de la Belgique dans le multilatéralisme, à partir des sources conservées par les Archives Diplomatiques :
- « Une historiographie née sous le signe de l’hétéronomie. Des memoranda de Banning au programme scientifique de Michel Huisman (1863-1953) », in Revue Belge de Philologie et d’Histoire, 101, 2025, p. 873-888.
- « Maintenir l’anglais hors-pouvoir. Une réaction américaine à Versailles (1924) », in Guido Braun, Renaud Meltz, Camille Desenclos (dir.), Langues et diplomaties (du XVe siècle à nos jours), Stuttgart, Kolhammer, 2024, p. 241-253.
- « Émile Banning (1836-1898), de Liège à la conception de la politique étrangère belge », in Revue d’Histoire Liégeoise, IV, 2024, p. 73-87.
- « L’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Temporalités des droits de l’homme et liberté religieuse », in Revue d’histoire ecclésiastique. Louvain Journal of Church History, vol. 119, 1-2, 2024, p. 158-193.
Le Groupe de contact FRS-FNRS « Belgique et mondes contemporains » a organisé le 22 novembre 2024, une première journée d’études au CegeSoma sur le thème ‘Relations internationales et émotions’. Le 17 avril 2026, une seconde journée s’est tenue à l’Université de Liège, présidée par le Professeur Michel Dumoulin, avec le concours de la Professeure Catherine Lanneau (ULiège) sur ‘Le multilatéralisme : questions de méthode et cas belge (XIXe-XXIe siècles). A remarquer : la qualité des échanges et la capacité à susciter des synergies entre chercheurs en histoire des relations internationales contemporaines venus de Liège, Louvain-la-Neuve et Luxembourg. Une publication devrait suivre et un colloque international de deux jours sera organisé d’ici fin 2027.
Depuis 2024, des entretiens oraux sont menés avec les archivistes du ministère des Affaires étrangères, afin d’assurer le volet « transfert de compétence » et « d’expérience » souligné par ce projet.
Au sein de l’université de Liège, ces dimensions du projet sont pleinement articulées au cours d’Histoire des relations internationales de la Belgique depuis l’année académique 2024-2025, et les étudiants sont encouragés à rédiger des mémoires de maîtrise impliquant une exploitation des Archives Diplomatiques. Au cours de l’année 2025-2026, un Séminaire de recherches a en outre porté sur la Délégation belge à la Conférence de la Paix de Versailles de 1919.
Les enjeux du projet ont également fait l’objet d’une diffusion à un plus large public, notamment par l’émission radiophonique « Un jour dans l’histoire », sur La Première (un entretien autour d’Aristide Briand en mai 2026, et un autre sur Paul-Henri Spaak en juin 2026).
Nouvelles perspectives
Sous peu paraîtra un Jalon de recherches consacré aux Archives Diplomatiques. Son objectif est de dresser un état des lieux historique, archivistique et législatif des sources conservées au ministère. Il sera suivi d’un Guide des sources, plus volumineux.
Du 2 au 6 septembre 2026, Vincent Genin participera au symposium international de Berne. Il y présentera l’édition des Documents Diplomatiques Belges relatifs à la CSCE (1968-1975).
L’édition des correspondances entre l’historien Théodore Juste et le diplomate et homme politique Jean-Baptiste Nothomb devrait paraître dans le Bulletin de la Commission royale d’histoire.
Des pièces d’archives remarquables et représentatives de l’activité diplomatique belge depuis près de deux siècles devraient être exposées en fin d’année aux Archives de l’Etat à Liège et à l’Université de Liège.