Public History of difficult Pasts

Du 7 au 11 septembre 2026 s’est tenue à Lisbonne la 8e conférence de la Fédération internationale pour l’Histoire publique (IFPH_Final_Programme.pdf). Depuis qu’elle s’est professionnalisée et développée, l’histoire publique s’est largement investie dans la valorisation des passés dits difficiles, précisément le thème de cette rencontre. Mais il n’aura échappé à personne combien le contexte récent s’est largement dégradé avec une multiplication d’attaques et de prises de position à l’encontre de contributions historiques et de la défense des valeurs démocratiques.
La conférence de Lisbonne a ainsi été l’occasion de rappeler la nécessité d’un engagement critique, une position défendue par les praticiens de l’histoire publique. Dans de nombreux pays, des pratiques de censure, de silences imposés, de dénis de réalités historiques ou de marginalisation de certains points de vue sont en effet devenues le lot commun.
Une diversité d’approches
Dans le cadre de la conférence, une cinquantaine de panels ont permis de débattre de thématiques aussi diverses que la place du passé dans l’espace public, la représentation de passés difficiles en contexte muséal, l’impact de l’émergence de l’intelligence artificielle et des développements numériques sur les pratiques historiques ou encore la place des jeux vidéo et des récits historiques marginalisés, notamment ceux des enfants abusés ou encore du sans-abrisme. Bien évidemment, des enjeux plus classiques tels l’histoire des sites de violence, la question de la colonisation et de l’esclavage ainsi que celle de la décolonisation dans toute sa diversité ont également été débattus.
La conférence a également été l’occasion de promouvoir de nouvelles publications en matière d’histoire publique, notamment l’ouvrage coordonné par Thomas Cauvin (Centre for Contemporary and Digital History, Luxembourg) et Joanna Wojdon (Université de Wrocław) sur la longue histoire des pratiques d’histoire publique en Europe. L’ensemble du volume est accessible en ligne (The Long History of Public History in Europe).
Ont également été présentés de nouveaux projets en cours sur les défis de l’histoire publique ou encore les enjeux des histoires de diasporas. Portée par des historiens issus de nombreux pays européens mais aussi d’Amérique du Nord et d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et d’Océanie, l’histoire publique s’affirme de plus en plus comme une pratique résolument transversale et transnationale, tout en se nourrissant souvent de pratiques locales et participatives.
Le projet Conciliare
La conférence a également été l’occasion de présenter le projet Conciliare – auquel est associé le CegeSoma/Archives de l’État – qui est entré dans sa dernière phase puisqu’il se termine en mars 2027. Il nous a dès lors paru intéressant de saisir l’opportunité de la conférence pour présenter l’un des axes de ce projet lié à l’héritage colonial dans l’espace public en Belgique, en Italie et au Portugal.
Au-delà d’une démarche d’inventorisation, le projet s’est également focalisé sur des études approfondies d’une diversité de cas dans chacun des espaces considérés, avant de se lancer dans des démarches de cocréation avec des acteurs des milieux associatifs. Cette dernière démarche qui s’inspire largement des pratiques d’histoire publique peut apparaître comme une des réponses possibles à la question des passés difficiles.