Avenue Louise 347
Dans les caves de la Gestapo

En octobre 1994, André Dartevelle découvre à l’occasion de la préparation d’un film sur les Partisans Armés actifs dans la région bruxelloise pendant la Seconde Guerre mondiale quels ont été les immeubles occupés par la SIPO-SD (Sicherheitspolizei – Sicherheitsdienst) dans la capitale.
Il repère à côté des immeubles de la rue Traversière et de ceux de l’avenue Louise (dont le plus connu est sans conteste le n°453 (mitraillé par un pilote belge de la RAF, J. de Selys Longchamps), le n°347. C’est vers ce bâtiment que les policiers nazis ont migré en février 1943 après l’attaque aérienne. C’est au n°347 que la SIPO-SD a tenté d’écraser la Résistance en plein essor en 1943, c’est là qu’elle a organisé la chasse aux Juifs dans les rues ainsi que l’ultime rafle du 3 septembre 1943 Iltis contre les Juifs belges. Les caves ont servi de salle d’attente à des tabassages et des tortures pour faire parler tout de suite les résistants fraîchement arrêtés.
Sur les murs de quelques caves de particuliers, la lumière rasante fait apparaître des dizaines d’inscriptions : des noms de résistants, des dates, des noms de femmes, des sentences politiques, des appels, des prières. Une des caves fourmille d’inscriptions de Résistants du Front de l’Indépendance, du MNB (Mouvement National Belge), des PA (Partisans Armés) et de militants communistes. Ces deux mouvements avaient subi de terribles razzias en 1943.
L’ouvrage est un hommage à tous ceux qui sont passés par cet endroit de l’horreur entre deux interrogatoires souvent très musclés. Il est composé de plans de l’immeuble, de témoignages de personnes qui y ont été incarcérées, de nombreux clichés reprenant les inscriptions apparaissant sur les murs des caves. Sur certains de ces clichés, des noms de personnes ont pu être identifiés et leur parcours a pu être reconstitué.
Au travers de ces ‘signatures’ ce sont des réalités humaines très émouvantes que cet immeuble, que ces caves évoquent. C’est une parcelle du combat à la vie à la mort, de tous ceux qui y ont transité.
Cinquante ans après, des murs nous parlent, des murs nous interpellent. Ces témoignages de l'ultime, l'historien ne pouvait les ignorer, le citoyen se devait de les faire connaître.